I. INTRODUCTION À LA CONTROVERSE

Contre un état de fait

Notre modèle de société est à bout de souffle mais poursuit son irrésistible course vers le désastre. Malgré l’acharnement de nos élites économiques, politiques et médiatiques à camoufler les failles d’un modèle mortifère, le capitalisme consumériste semble vivre ses dernières heures. Nous vivons dans une société caractérisée par la vitesse et la complexité. Le progrès s’impose comme doctrine et la technique comme réflexe, comme solution à tous les maux engendrés par nos modes de vie. Seule une oligarchie feint encore d’actionner les leviers d’une machine bureaucratique et industrielle devenue quasi-autonome. Les décisions sont appliquées, les lois promulguées et les technologies adoptées, loin de tout procédé démocratique.

Face à l’hermétisme de ce système, à son langage opaque et à ses mécanismes confus, nous – citoyens potentiels – devons recréer les conditions d’un débat public à même de nous nourrir d’une information épurée du bruit ambiant du divertissement. Face aux dérèglements économiques, politiques et sociaux, il est temps de se saisir de ces problématiques, de construire et de confronter des points de vue pour ensuite agir sur les mutations de notre monde. Ce passage à l’action nécessitera une profonde reconsidération de notre perception de l’information. L’information en tant qu’objet d’une science, productrice de vérité, est un instrument de propagande et de manipulation de l’opinion, support de la « fabrication du consentement ». L’information comme fruit d’une expérience collective est le coeur de la discussion, impulse le débat public et cultive l’art de la controverse01.

Principes fondateurs

Sous l’étendard de cette notion de « controverse », notre collectif souhaite faire émerger des regards critiques sur notre modèle de société et des aspirations alternatives sur celui de demain. Notre propos s’articulera autour d’un esprit singulier, de méthodes rigoureuses et d’une farouche utopie. L’idée de conjuguer la pertinence d’une démonstration analytique et l’impertinence d’un discours dissident reflète notre posture éditoriale. Vers un idéal de reconstruction du monde, l’attitude révolutionnaire serait la prise de recul critique au lieu de l’agitation frénétique. Il s’agit de mettre en commun des objets conceptuels d’autodéfense intellectuelle pour lutter contre les marchands de certitudes et de provoquer la formation d’un sens critique collectif comme source d’émancipation. L’éveil des curiosités est le facteur clef de cet élan vers une réflexion générale sur notre époque. Nous soutenons qu’un changement de paradigme passe par une transformation de nos façons de juger et de nos façons d’agir. « Exister, c’est résister02 », tels pourraient être les maîtres mots de notre approche.

Notre discours sera politique – au sens d’un traitement des contenus anti-parti mais partisan. Il convient de défendre une information d’intérêt commun, en se postant dans le rôle de lanceur d’alertes, qui contribue à l’appropriation collective de la chose politique. Une attention particulière sera consacrée à un effort de vulgarisation scientifique. Nous souhaitons diffuser les travaux de penseurs utiles à la contestation de la doctrine conformiste, du système du « tout économique » et du modèle de société du « prêt-à-jouir ». Construire la société de demain, ce n’est justement pas consentir à se saisir de ce qui est « prêt » mais bien nourrir les réflexions d’aujourd’hui de concepts complexes et d’idées à contre-courant. Les préceptes de l’éducation populaire nous incitent à concevoir l’information et le savoir comme le fruit d’une construction collective. Notre intention est de contribuer à susciter l’envie irrépressible de chacun de comprendre les mécanismes de ce qui se déroule sous nos yeux.

II. AUTOPSIE D’UNE ÉPOQUE

Pour penser les principes d’un « monde meilleur », et non du Meilleur des mondes03, il s’agit de comprendre précisément en quoi celui d’aujourd’hui est « désenchanté ». Nourrir la description de cet état de fait par une analyse critique nous paraît décisif. Elle consiste à disséquer les éléments régissant nos modes de vie afin de mettre en relief la destruction des savoirs, des savoir-faire et des savoir-vivre engendrée par notre modèle de société.

Politique

« L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne. »
Voltaire, Essai sur les moeurs et l’esprit des nations (1756)

« Les démocraties contemporaines sont issues d’une forme de gouvernement que ses fondateurs opposaient à la démocratie04. » Ce paradoxe – résultat d’un déplacement sémantique – crée une indistinction entre la démocratie « originelle », dans  laquelle le peuple décidait, et la démocratie “moderne”, où le pouvoir est confisqué par quelques-uns. Le régime politique, appelé aujourd’hui démocratie représentative, repose sur un dispositif central garant de la représentativité : l’élection. La mise à jour d’un système politique gouverné par une élite, servant ses intérêts propres, a engendré la montée progressive et constante du discrédit du corps politique au regard des populations. Celui-ci a démontré ne pas avoir de comptes à rendre aux peuples qui les ont élus mais aux puissances économiques et financières qui les conseillent et les évaluent. La trahison des gouvernés par les gouvernants n’est plus à démontrer05.

Par ailleurs, on constate que l’impuissance politique des gouvernés n’est pas le fruit du hasard. Dans chaque pays qui se réclame d’un régime représentatif, elle est formulée dans la constitution. Ce texte, censé protéger le « grand nombre » contre les abus de pouvoir, est rédigé par des auteurs qui ont intérêt à programmer leur propre domination06. Toutefois, les professionnels de la politique ne sont pas à blâmer. Ce sont bien les peuples qui devraient s’emparer du processus constituant pour affaiblir et inquiéter les représentants afin de se prémunir de l’arbitraire du plus fort.

Les athéniens, fondateurs de la démocratie, estimaient que l’élection, prise en elle-même, représentait un procédé de type oligarchique ou aristocratique. N’est-il pas l’heure de reconsidérer les fondements de notre système politique au regard d’expériences passées ou de modèles alternatifs existants ? Que l’on appelle cet état de fait « servitude volontaire », « liberté sous domination » ou démocratie représentative, il apparaît évident que la subtilisation des pouvoirs de décision et des responsabilités publiques et politiques par « le petit nombre » entrave la justice sociale, les libertés fondamentales et l’intérêt commun.

Économique

« Le corps ne devient force utile
que s’il est corps productif et corps assujetti. »
Michel Foucault, Surveiller et punir (1975)

En seulement un siècle, l’humanité aura assisté à l’éclosion du capitalisme consumériste mais l’aura également vu péricliter. Enfant des préceptes industriels productivistes, le consumérisme s’appuie sur une rationalisation des processus de production. Cette seule méthode n’assurant pas un écoulement de la marchandise suffisant, les industriels font appel à certains spécialistes intégrant à la logique marchande la compréhension des mécanismes psychiques des foules07. L’industrie des relations publiques fabrique et conditionne les individus à devenir de parfaits consommateurs. La publicité détourne le désir des activités de « sublimation » (l’éducation, l’art, la littérature, le sport, etc.) de manière à placer, dans l’esprit humain, le bien de consommation comme objet du désir08. De cette façon, le travailleur, après avoir exécuté son labeur, adopte une posture de consommateur, réagissant de manière impulsive aux stimuli insufflés par la propagande publicitaire.

En observant l’évolution de ce paradigme économique, on constate que celui-ci a connu plusieurs cycles de vie. À la suite des trente glorieuses, le management et le marketing se sont révélés comme de véritables fléaux, gangrenant l’organisation du travail09. Aussi, ils s’inscrivent comme une logique exponentielle dans laquelle l’accélération du rythme et la diminution des coûts de production vont de pair, induisant l’obsolescence des produits, services et savoir-faire. Prises dans cette spirale, les firmes se trouvent contraintes de transformer leurs politiques stratégiques. Jusque là relayés au rôle de financeur, les actionnaires occupent désormais les postes de direction.

Parallèlement, la financiarisation à outrance de l’économie mondiale apparaît comme une dérive toxique du dogme néolibéral impulsé par les gouvernements Thatcher et Reagan. Alors que des millions d’individus subissent quotidiennement ses frasques (récessions économiques, plans d’austérité, destruction des systèmes de protection sociale, etc.), à l’évidence le pouvoir décisionnel n’est plus aux mains de la puissance politique : seul le secteur financier impose sa loi, celle du marché et de la spéculation10. En conséquence, les puissances publiques ont progressivement perdu la souveraineté de la création monétaire11 et se voient obligées d’emprunter sur des marchés financiers privés à des taux d’intérêts défiant l’entendement.

Afin de mettre en application cette idéologie, les entreprises se sont dotées de nouvelles techniques managériales, impactant directement sur les conditions de vie des employés. Victimes collatérales de cette économie, les salariés sont considérés comme une main d’oeuvre corvéable à merci, une ressource destinée à faire croître les dividendes des actionnaires et à rentabiliser l’entreprise quels que soient les souffrances physiques ou psychologiques entraînées12.

Médiatique

« La propagande est aux démocraties
ce que la violence est aux dictatures. »
Noam Chomsky, La Fabrication du consentement.
De la propagande médiatique en démocratie
(2008)

Comment avons-nous pu adhérer à des conceptions aussi illusoires et artificielles que la consommation comme machine à bonheur ou le gouvernement d’une élite choisie comme régime démocratique ? Quels sont les instruments de légitimation au service de ces institutions dominantes ? Le contrôle et la manipulation de l’opinion publique, par le biais de l’information, sont rendus possibles et facilités par la concentration de la propriété des médias de masse entre les mains de quelques groupes industriels et financiers. L’information est traitée et hiérarchisée en fonction des intérêts de la puissance économique détentrice des moyens de prise de parole publique. Au détour d’une élection, il n’est pas rare de constater un cadrage partisan du débat, un discours unanime en faveur d’un candidat ou au contraire une disqualification totale d’un autre au gré des connivences entre la sphère politique et économique13.

L’élite médiatique se constitue d’une poignée de journalistes qui éditorialisent en flux tendu14. ​Les mécanismes sociologiques, mis en évidence par les travaux de la pensée critique des médias, ont démontré les prédispositions des responsables de l’information -­ issus des mêmes catégories sociales, des mêmes écoles et partageant les mêmes modes de vie que leurs homologues économiques et politiques -­ à défendre des intérêts convergents. Il n’est pas question d’autocensure. Le traitement de l’information s’explique par un conditionnement lié à des « lunettes de perception15 » communes. De plus, le modèle économique publicitaire des médias dominants, la télévision en chef de file, engendre inévitablement une course folle à l’immédiateté et à l’audience. Les informations économiques et sociales, essentielles pour exercer ses droits démocratiques, se perdent au milieu d’une nuée d’informations récréatives, de faits divers « divertissants » et d’émotions marchandisées.

Il est également impérieux d’étudier les effets des dispositifs médiatiques sur les individus, tels que la télévision et plus généralement les écrans. En effet, les neurosciences alertent sur le fait que les occurrences délivrées par les écrans touchent notre cerveau dans son inconscient et influencent nos comportements. Plus préoccupante, la question de la captation de l’attention, « colonne vertébrale de l’intelligence16 », se pose comme un enjeu fondamental de notre époque. Alors que l’attention s’apprend dans des institutions telles que l’école ou la famille, les écrans substituent et opposent un autre processus synchronisé, régressif et pulsionnel17, produisant du « temps de cerveau humain disponible18 ». Le marketing et la publicité court-circuitent et détruisent délibérément les capacités attentionnelles, les facultés de concentration et donc les possibilités de réflexion des générations actuelles et à venir. Combien de temps allons-nous laisser faire ce “massacre d’innocents19” ?

Technique

« Le désir de puissance consacre la machine comme moyen de suprématie, et fait d’elle le philtre moderne. »
Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques (1958)

Bien que la technique soit considérée comme un moyen d’étendre les possibles de l’homme, son recours systématique peut entraîner la perte de capacités et de savoirs : une aliénation. Au lieu de rechercher la cause des problèmes sociétaux de notre temps – étouffement démographique, crises agroalimentaires, pollution environnementale, etc. – nos dirigeants se tournent par réflexe vers une solution technique pour en guérir les symptômes20. Elle devient ainsi un automatisme, une action effectuée sans réflexion ni prise de recul. Dans notre ère de l’hégémonie technique, le développement de ces outils devient une fin en soi. On instaure un culte du progrès et l’innovation comme idéologie. Cependant, malgré une apparente modernité, les paradigmes industriels classiques – productivisme, économie de l’offre – sont toujours prégnants.

L’homme ne s’est jamais autant glorifié de son « intelligence21 » mais perpétue l’irrationnelle et délétère production d’objets techniques en série. L’obsolescence programmée – phénomène pervers de sabotage à retardement – exemplifie parfaitement l’absence de raison et de bienveillance caractéristique d’un modèle industriel surproductif, incapable de survivre sans une incitation à la surconsommation22. Ces cycles de vie, toujours plus courts, se retrouvent tant dans les objets que dans les savoirs des techniciens et des consommateurs, leurs compétences étant rapidement dépassées par la vitesse toujours croissante de l’innovation.

On constate ainsi que le développement de la technique induit de nouveaux usages sociaux, loin de la neutralité qu’on lui prête généralement. La conception d’un service ou d’un produit implique donc une utilisation spécifique. La transposition de rapports sociaux dans un environnement numérique23 et la délégation de la décision à l’intelligence artificielle24 sont des exemples respectifs de courts-circuits de la sociabilité et de la responsabilité de chacun. La planification des espaces urbains doit-elle être confisquée par les firmes technologiques ? Est-il possible de laisser des algorithmes, animés d’intentions marchandes, dicter les mutations du langage25 ?

Écologique

« Le monde est assez grand pour satisfaire les besoins de tous mais il sera toujours trop petit pour satisfaire l’avidité de quelques uns. »
Mahatma Gandhi (1869-1948)

En deux siècles, l’activité humaine s’est imposée comme le facteur déterminant du fonctionnement géologique de la Terre. On parle d’une nouvelle ère : l’anthropocène26. C’est un fait, la surproduction et la surconsommation couplées à une quête permanente de progrès épuisent les ressources naturelles. Les matières organiques n’échappent pas au calcul marchand de la valeur et deviennent les objets malheureux de transactions spéculatives. Le consumérisme est la principale cause de l’état d’alerte environnementale dans lequel notre époque se situe. En déréglant l’équilibre écologique (réchauffement climatique, dépeuplement des zones naturelles, surpollution, etc.), nos modes de consommation ne prennent pas en compte l’environnement sanitaire et social des générations futures.

Au cours du demi-siècle passé, l’application systématique des outils de gestion entrepreneuriale ont profondément dénaturé la structure même des institutions publiques. L’éducation n’a pu réchapper à la doctrine managériale de la performance27. Ainsi, au détriment de la créativité et du libre arbitre, elle s’est vue appliquer des méthodes d’évaluation de compétences dignes des plus grandes multinationales. Notre système éducatif crée, dès le plus jeune âge, et fait perdurer les rapports de forces et de différences par la notation des bons et des mauvais élèves28. Tel qu’il est conçu, il promeut les disciplines de l’esprit et relègue au second rang les autres formes d’intelligence. Ce formatage scolaire est à l’origine de nombreux maux de la société (chômage structurel de masse, fossé culturel et social entre les dits instruits et non-instruits, etc.). En les démunissant de sens critique, il conditionne les élèves à devenir les serviles sujets du monde marchand.

III. PRÉMICES D’UNE ALTERNATIVE

Après la découverte, la compréhension et l’intériorisation des mécanismes de notre société, il est question de poursuivre ce chemin vers le champ des prescriptions. Dès lors que nous avons saisi les « enclosures29 » de notre époque, l’enjeu fondamental est de s’en libérer. Cette quête passe par la réappropriation de nos capacités de penser et d’agir ; la révolte d’un esprit critique face à la bêtise généralisée ; l’inspiration du « déjà-là » dirigé vers le bien commun.

Politique

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1549)

Si l’électeur est un enfant politique, le citoyen serait un adulte politique. Le premier désigne des représentants – des « maître » – qui votent tout à sa place, parmi des candidats qu’il n’a pas choisis, alors que le second voterait lui-même les lois auxquelles il consent à obéir30. La professionnalisation politique explique en partie le dysfonctionnement de notre système représentatif. Elle engendre une reproduction des élites, des conflits d’intérêts, une course au pouvoir et à la réélection, au détriment de l’intérêt général. Il convient de mettre un terme à cette subordination populaire à un corps choisi, prétendument plus compétent pour discerner l’intérêt de tous.

Notre démission du processus politique est certainement la cause principale de notre impuissance. Pour que les électeurs que nous sommes se saisissent de la chose publique et politique, l’éducation à une « culture démocratique » serait le terreau d’une politisation et d’une responsabilisation de véritables citoyens31. Les élections sans candidat, la révocabilité des élus corrompus, les assemblées populaires et les référendums d’initiative populaire esquisseraient les conditions d’une réelle démocratie. La rotation de tous citoyens aux rôles de gouvernés et de gouvernants engendre un effet de justice sociale. Elle crée une situation dans laquelle les gouvernants sont obligés d’envisager le point de vue des gouvernés sachant qu’ils devraient, un autre jour, leur obéir32.

S’il est un espace dans lequel nous pouvons envisager un régime politique réellement démocratique, c’est le périmètre local. Le territoire local porte en lui, particulièrement en ces temps de mondialisation généralisée, une aspiration à la résistance voire à la dissidence face à l’ordre établi33. En ce sens, le local peut s’apparenter à un laboratoire critique qui rend possible l’expérimentation de nouveaux régimes de gestion, d’organisation et de répartition du pouvoir décisionnel. L’imaginaire démocratique est la matière première à façonner, au niveau local, pour envisager les fondements d’une prise de conscience générale vers un nouveau dessein collectif.

Économique

« L’homme peut aimer son semblable jusqu’à mourir ;
il ne l’aime pas jusqu’à travailler pour lui. »
Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère (1846)

Notre société prône l’individualisme et l’intérêt personnel comme leitmotivs de la croissance mondiale. Révélés aux yeux du monde en 2008 par l’effondrement du système bancaire, les dysfonctionnements de l’économie financiarisée n’ont jamais été aussi criants au regard des écarts de richesse et des disparités de conditions de vie qu’ils produisent. Désormais, il est impératif de penser collectivement les alternatives à cette situation.

Le modèle de « l’économie contributive34 » permet d’établir des nouvelles bases sur lesquelles pourrait être refondée la société. Il convient pour cela, dans un premier temps, d’éviter la monétarisation systématique de toute production de valeur et dans un second temps, de repenser la chaîne de production. Dans ce schéma, le rapport entre la production et la consommation est réarticulé. La figure du contributeur se substitue au clivage entre consommateur et producteur. Il recouvre un savoir faire technique dont il a été dépossédé par l’automatisation des tâches, ainsi qu’un “savoir-faire société” dont il a été privé par des décennies de segmentation marketing et d’individualisme consumériste.

Ce paradigme tire ses racines de l’analyse de pratiques existantes imaginées au sein du mouvement du logiciel libre. Au delà d’une philosophie, le logiciel libre constitue une réelle économie, animée par une communauté concrétisant ses idées et régissant ses pratiques. L’usage et le partage de connaissances comme de biens se substituent à la propriété privée et forment ainsi la clef de voûte sur laquelle repose l’édifice contributif.

Des études prospectivistes35 tendent à prouver qu’à l’horizon d’une vingtaine d’années, la moitié des emplois salariés disparaîtront via un processus d’automatisation des tâches humaines, substituables par la robotique et la programmation informatique. Il convient alors de penser des moyens d’assurer un salaire universel décorrélé du travail36, puisque celui-ci viendra indéniablement à manquer. Cette distribution inconditionnelle permettrait une libération des individus en leur restituant leur capacité créatrice jusque là absorbée par des conditions déshumanisantes37. Ainsi les individus libérés de l’obligation de travail pourront s’accomplir dans l’exercice d’activités économiques ou sociales diverses. Ce nouveau temps dégagé pourrait être alloué au développement d’initiative locales, collectives et soutenables afin d’oeuvrer pour l’intérêt général.

Médiatique

« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. »
Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’esclavage (1774)

Qu’est ce que la liberté d’expression dans une société où l’indépendance et la pluralité de l’information sont des mythes ? Les appareils médiatiques, papiers, audiovisuels ou numériques, sont détenus en grande majorité par les puissances de l’argent38. Les marchands de l’information n’ont évidement pas pour vocation première d’exprimer, d’analyser et de mettre en délibération les contradictions du modèle qui les nourrit. Aujourd’hui, les médias sont soit des leviers économiques considérables par le biais de la vente de “temps de cerveau disponible” aux annonceurs publicitaires, soit des instruments d’influence et de contrôle de l’opinion publique redoutablement efficaces en période électorale39.

Autant de navrants constats de la fabrication d’une inconcevable déférence à la parole médiatique. Les théories du journalisme moderne ont érigé en valeur suprême la neutralité et l’objectivité de l’information, en faisant de celle-ci une matière scientifique, exacte, indiscutable et donc parole d’évangile40. Alors que bien au contraire la vitalité démocratique dépend de la multiplication des regards, de la diffusion d’une information libre et indépendante, partisane et d’opinion qui permettrait d’instaurer un débat populaire vigoureux et décloisonné.

Dans une société où chacun est censé jouer un rôle politique, il faut en finir avec une ambivalence déterminante : « L’information est pensée comme un bien public mais produite comme une marchandise41 ». Matière indispensable à la formation des jugements politiques, l’information contribue à forger des esprits libres et critiques, des imaginaires communs et des mobilisations collectives. C’est l’arme à mettre entre toutes les mains. Dans cette optique, la dissociation entre information récréative et information généraliste est cruciale, l’une devant assumer son statut de marchandise et l’autre revendiquer celui de bien collectif et de service commun. Pourquoi ne pas concevoir l’information comme un service mutualisé financé par la création d’une “cotisation information” ?

Technique

« L’homme qui veut dominer ses semblables suscite la machine androïde. Il abdique alors devant elle et lui délègue son humanité. »
Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques (1958)

De la même manière, la recherche scientifique doit tendre vers l’autonomie et l’indépendance, à l’inverse du fonctionnement actuel qui favorise les projets servant des intérêts privés ou uniquement rentables. Cette étape dans l’histoire du développement technique serait un facteur déterminant de l’optimisation réelle – qualitative et non quantitative – des activités humaines. On parle ici de quitter les idéologies industrialiste et productiviste pour concevoir un système technique subordonné aux besoins effectifs de l’homme. À l’aube de nouvelles possibilités techniques permettant la manipulation du vivant et l’augmentation de l’humain42, il s’agira de débattre publiquement d’un nouveau cadre éthique et juridique.

Pour encadrer l’innovation et penser la technique dans une dimension sociétale, il semble crucial de coupler les sciences techniques avec les sciences humaines, d’inclure le développement technique dans un cadre anthropologique. L’objectif de cette recherche transversale serait d’éviter un désajustement entre les systèmes techniques et le corps social constitué par les individus, leurs organisations et leurs mœurs. En parallèle du modèle traditionnel de « destruction créatrice43 », de nouveaux paradigmes d’innovation – innovation ascendante, innovation sociale et innovation ouverte – émergent : une problématique concrète et ordinaire devient la source du travail de recherche.

Cette forme de réflexion peut également être un point de départ pour repenser l’éducation afin de sensibiliser la nouvelle génération. La compréhension des modalités et enjeux de la technique par le plus grand nombre constitue un réel prérequis démocratique. De même que le scribe était jadis le seul individu compétent dans l’accès au savoir, le technicien est aujourd’hui devenu l’unique détenteur des moyens d’action sur un milieu de plus en plus numérisé, automatisé et technicisé. À l’instar de l’alphabétisation comme droit fondamental, l’éducation à la technique et au numérique44, dès le plus jeune âge, tend à devenir un impératif politique, une condition d’équité entre individu d’une même population. L’objectif de cette disposition est d’instaurer un socle de connaissances, pour éviter une nouvelle ségrégation techno-sociale entre initiés et non-initiés.

Écologique

« Celui qui pense qu’une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini est soit un fou soit un économiste. »
Kenneth Boulding (1910-1993)

Peut-on imaginer un humain qui ne cesserait de grandir tout au long de son existence ? À l’évidence, non. Il en va de même pour la planète. Raisonnablement, nous devons admettre que la croissance économique doit également cesser puisque qu’elle provoque d’irrémédiables dégâts sur notre environnement naturel45.

Le ralentissement n’est pas synonyme de recul. Aussi, nous devons penser mettre un terme au rythme effréné de nos modes de vie et questionner la “sacro-sainte croissance46”. Cette perspective nécessite néanmoins d’établir des politiques d’actions sur le long terme. Elle implique également un changement radical des méthodes de production alimentaire. Il est urgent d’employer des pratiques qui pourront se substituer aux monocultures, aux élevages en batterie ou encore à la pêche au chalut de fond. Penser une nouvelle temporalité de nos existences47 est la condition incompressible de la réalisation de cette transformation ; un mode de vie alternatif, non plus basé sur la quête de vitesse et le gain de temps mais sur la remise en question des certitudes imposées.

Difficile pour un adulte socialement accompli de désapprouver les enseignements inculqués dès le plus jeune âge, forgeant ses valeurs fondamentales. C’est pourquoi, il est crucial de revoir aussi bien la forme que le fond du système éducatif en redéfinissant la notion de savoir. Savoir que l’on ne sait rien, tout du moins peu de chose, c’est avoir conscience de sa propre ignorance. Cette prérogative psychologique est primordiale dans un processus de remise en question, tant sur le plan individuel, collectif que social. Cette prise de conscience nécessite de suivre un chemin escarpé : savoir qu’il n’est pas un savoir unique mais une multitude ; réaliser que ceux-ci ne sont pas l’apanage de sachants institutionnalisés ; comprendre qu’ils se doivent d’êtres partagés et transmis ; lutter pour qu’ils ne doivent jamais faire l’objet de rétention.

IV. FABRIQUE DE LA CONTROVERSE

« La discussion est risquée et imprévisible, et pour cela,
elle est éducative. »
Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie (1994)

Nos méthodes et nos actions se situent à la croisée de l’éducation populaire, de la vulgarisation scientifique et du journalisme politique. Elles s’articulent autour de la création des conditions et du décloisonnement des débats d’intérêt commun, de la construction collective et du partage de l’information et des savoirs ainsi que d’un appel à l’engagement et à la responsabilité politique.

Diffuser des concepts et modes de pensée

À l’opposé de la consommation du journal télévisé, la collecte d’informations pertinentes est un procédé actif et réfléchi d’investigation. « L’enquête systématique48 » est un prérequis à la connaissance. Il s’agit donc de mettre en lumière ces concepts, de les rendre accessibles et faire en sorte qu’ils suscitent la curiosité. Cette mise à disposition des composantes du débat est ainsi le premier pas vers la controverse. Nous nous proposons de faciliter cette recherche de l’information, par la mise en lumière d’idées nouvelles et de moyens d’actions sur notre monde. Précisons que cette facilitation d’accès, emprunte d’une volonté de changement, ne pourra être que partisane.

Contribuer à une prise de conscience collective

Un changement ne se produira qu’à l’échelle macroscopique, sous l’effet d’une mobilisation massive. Présupposons que nous sommes, en tant qu’individus, modifiables car nous pouvons être affectés et varier selon ces affections. Par conséquent, nous ne sommes pas fixés par principe mais capables de différer. « Dans quelle direction, à quelle condition, avec quelle amplitude, à quelle vitesse ? C’est toute la question49. » Dans la mesure où l’homme est un être de désir, « faire société » est un processus de régulation et d’articulation des passions, impliquant la création d’institutions. En ce sens, nous prendrons part à instituer le débat comme habitude collective.

Par l’interconnexion des idées et des personnes, Controverse contribuera à l’éveil collectif des consciences. Aussi, nous avons pour vocation de révéler l’absurdité de certaines situations et de responsabiliser en amenant à se questionner sur la possibilité d’un changement de paradigme. En liant les idées aux initiatives existantes, nous souhaitons donner corps à une proposition alternative aux modèles en place et contribuer à la construction d’une maïeutique conceptuelle, formant ainsi le tissu de l’esprit critique.

Développer un esprit critique

Depuis les théories de la « psychologie des foules50 », les affects sont la ressource de base du « petit nombre » pour conditionner et diriger les comportements du « grand nombre ». Une « communauté d’affects » est par nature apolitique car son point de vue occulte toute nuance et toute contradiction. Le commandement émotionnel se dresse comme ennemi principal du discernement et du raisonnement.

Notre approche consiste à substituer la réflexion méthodique au réflexe pulsionnel, le doute à la certitude et la prise de recul au commentaire à chaud. Il s’agit de se dresser contre le diktat du traitement des conséquences, bien souvent l’apanage des responsables de l’information et des dirigeants politiques.

C’est pourquoi, l’esprit critique est un instrument à mettre à la disposition du bien commun. Lorsque nous sommes confrontés à une dérive, un dysfonctionnement ou une injustice, s’atteler réellement à comprendre et traiter ces pathologies revient à chercher la « cause des causes51 ».

Nourrir le débat public

Le débat public est l’arène dans laquelle se confrontent les points de vue. Les subjectivités sont mises à l’épreuve : on y teste leur pertinence et leur solidité. Ce choc d’idées et de propositions n’est rien d’autre qu’une réappropriation démocratique des enjeux de société. Tout individu peut y intervenir, prendre la parole, convaincre ou changer d’avis, appuyer ou critiquer une position. Grâce à ce procédé, des idées apparaissent et des thèses s’affinent. On crée à travers ce débat les lignes directrices d’une société imprégnée d’une nouvelle éthique – celle d’acteurs raisonnés et responsables. On tire des conséquences, on pressent un imminent passage à l’action. La controverse est le matériau fondamental permettant de forger un pouvoir d’agir par l’exercice d’une véritable démocratie.

Références   [ + ]

01, 40. Chrispoher Lash, ​La révolte des élites et la trahison de la démocratie, ​1994
02. Jacques Ellul,​ L’Illusion politique, ​1965
03. Aldous Huxley, ​Le Meilleur des mondes,​ 1932
04, 32. Bernard Manin, ​Principes du gouvernement représentatif, ​1995
05. Après que les français aient voté contre le ​Traité établissant une constitution pour l’Europe ​lors du référendum de 2005, la ratification en 2007, sans concertation cette fois-­ci, d’un texte dont seul l’intitulé avait changé ­- Traité de Lisbonne ­- est l’une des illustrations les plus éloquentes de cette faillite.
06. Étienne Chouard (conférence), « Chercher la cause des causes », 2012, ​https://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8
07. Edward Bernays, ​Propaganda​,​ 1928
08. Adam Curtis (documentaire), ​The Century of the Self , ​2002, ​https://vimeo.com/85948693
09. Luc Boltanski, Eve Chiapello,​ Le nouvel esprit du capitalisme,​ 1999
10. Charles Ferguson​(documentaire), ​Inside job,​ 2010, ​http://rutube.ru/video/8650b74559781e5f96c04e42d9513ae3/
11. ​Sophie Mitrani, Nicolas Ubelmann ​(documentaire), ​La dette​, 2013, ​https://www.youtube.com/watch?v=TSwP9TQ1qb4
12. Vincent De Gauléjac​, La société malade de la gestion : Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, 2005
13. Pierre Carles (documentaire), ​Pas vu, pas pris,​ 1998, ​https://www.youtube.com/watch?v=6DgOE9KZZME
Pierre Carles (documentaire), ​Fin de concession,​ 2010, ​https://www.youtube.com/watch?v=cxGsGVtVqJE
Pierre Carles (documentaire), ​Hollande, DSK, etc.,​ 2013, ​https://www.youtube.com/watch?v=4XCKCf3Jv6o
14. Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, 1997
15. Pierre Bourdieu, ​Sur la télévision,​ 1996
16. Michel Desmurget, ​TV Lobotomie ­ La vérité scientifique sur les effets de la télévision,​2012
17. Bernard Stiegler,​ La télécratie contre la démocratie​, 2006
18. Déclaration de Patrick Le Lay, homme d’affaires ancien Président­-Directeur de TF1, parue dans l’ouvrage​ Les dirigeants face au changement : baromètre 2004​ corédigé par ​Les associés d’EIM ​en 2004. « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est­-à­-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca­-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »
19. Bernard Stiegler (conférence), « Les enfants face aux écrans », 2014, ​https://www.youtube.com/watch?v=nX8ZJP5AQcg
20. Concernant la pollution environnementale, on préfère miser sur les nanotechnologies pour effectuer une dépollution au lieu de mener une politique environnementale efficace.
21. Smart Cities : villes intelligentes, intelligences artificielles, Smart Things : objets connectés et domotique, Smart Grids : réseau de distribution d’électricité « intelligent », etc.
22. ​Cosima Dannoritzer (documentaire)​, ​Prêt à jeter​, 2010, ​https://www.youtube.com/watch?v=5eSoBBapXCg
23. Antonio Casili,« ”Petites boîtes” et individualisme en réseau », ​Réseaux sociaux, 2010, https://hal.archives­ouvertes.fr/hal­00661450/document
24. L’intelligence artificielle Watson d’IBM, propose des solutions de traitement dans les services d’oncologie aux États-­Unis.
25. ​Frédéric Kaplan, « Nos langues à l’heure du capitalisme linguistique », ​Internet Actu,​ avril 2012, http://www.internetactu.net/2012/04/06/nos­langues­a­lheure­du­capitalisme­linguistique/
26. Christophe Bonneuil, ​L’évènement Anthropocène. ​La Terre, l’histoire et nous​, 2014. Le terme d’anthropocène a été inventé par le chimiste Paul-Joseph Crutzen. Cette nouvelle ère succéderait à la période de stabilité environnementale et climatique que la planète a connue depuis plus de 10 000 ans : l’holocène. L’homme en tant qu’espèce est devenu une « force d’ampleur tellurique ».
27. Franck Lepage (conférence), « Inculture (2) : L’éducation », 2012, https://www.youtube.com/watch?v=ACxRSSkYR_k
28. Ken Robinson (conférence), « Du paradigme de l’éducation », 2011, https://www.youtube.com/watch?v=e1LRrVYb8IE
29. Le mouvement des enclosures s’est amorcé en Angleterre au XVIe siècle. Des champs ouverts et communs, cultivés par la communauté, ont été convertis en pâturages pour des troupeaux de moutons par de riches propriétaires fonciers. On voit apparaître une nouvelle forme d’exploitation agricole basée sur la propriété privée des terres. Les paysans, alors appauvris et démunis par les enclosures et les « élevages intensifs », vont devenir une force de travail. Ils vont alors se vendre, tout du moins leur labeur, dans les premières villes industrielles émergentes.
30. Étienne Chouard, « Qu’est ce qu’un atelier constituant ? », ​Plan C,​ août 2014, http://chouard.org/blog/2014/08/15/quest­ce­quun­atelier­constituant/
31. À titre d’exemple, la « pédagogie Freinet », fondée sur la libre expression, apprend l’auto­gestion, la coopération et la prise de décision collective dès les bancs de l’école.
33. Lucien Sfez (conférence),« Les enjeux de l’objet local », 2013, ​https://www.youtube.com/watch?v=FG7jEDuyBn4
34. Bernard Stiegler (conférence), « Vers une économie de la contribution », 2011, http://owni.fr/2011/11/30/vers­une­economie­de­la­contribution/
35. « It’s estimated that by 2033, computers will be carrying out 45 % of US jobs. », Carl Benedikt Frey, Michael A. Osborne, « The future of employment », ​Oxford University, ​septembe 2013, http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/academic/The_Future_of_Employment.pdf
Citation reprise dans le magazine techno­progressiste ​Wired ​de septembre 2014.
« 54% of EU jobs at risk of computerisation », Bruegel​, ​« Risks of computerisation », juillet 2014, http://www.bruegel.org/nc/blog/detail/article/1394­the­computerisation­of­european­jobs/
« Trois millions. C’est le nombre d’emplois qui pourraient être détruits par la numérisation à l’horizon de 2025. » Cabinet Roland Berger, « Les classes moyennes face à la transformation digitale », octobre 2014, http://www.rolandberger.fr/media/pdf/Roland_Berger_TAB_Transformation_Digitale­20141030.pdf
36. Bernard Friot (conférence), « La révolution du salaire à vie​ »​, 2012, ​https://www.youtube.com/watch?v=8MWQBbLLwg4
37. Jean­-Robert Viallet (documentaire), ​La mise à mort du travail​.​ 1. La Dépossession,  2. L’Aliénation,  3. La Destruction,​2009
38. ​Gilles Balbastre, Yannick Kergoat (documentaire), Les nouveaux chiens de garde, ​2012
39. En France, la plupart des médias de masse, papiers et audiovisuels, appartiennent à une poignée d’hommes d’affaires (Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Serge Dassault ou encore Xavier Niel) dont l’activité principale n’a guère de rapport avec le traitement de l’information. Les proximités, pour ne pas dire les collusions, entre cette élite économique et le monde politique sont de notoriété publique. Alors que la stabilité économique de la presse n’a jamais été aussi précaire, il apparaît évident que lorsque le Crédit Mutuel ​s’offre, en 2008, les colonnes de la totalité des titres du groupe EBRA, c’est­-à­-dire une majorité de la presse quotidienne régionale de l’Est de la France, inévitablement cela condamne le pluralisme et l’indépendance de l’information.
41. Pierre Rimbert, “Projet pour une presse libre », ​Le Monde Diplomatique​, décembre 2014, http://www.monde­diplomatique.fr/2014/12/RIMBERT/51030
42. Eugénisme institutionalisé, révolution nanotechnogique, allongement de la durée de vie et autres avancées transhumanistes.
43. L​e concept de« destruction créatrice », crée par Joseph Schumpeter (1883-­1950), caractérise un processus de développement économique basé sur la disparition d’activité productrice au profit de nouvelles. L’évolution technologique est le moteur de cette course à la nouveauté menée par les entreprises. Aujourd’hui, ce modèle d’innovation nécessite ​la création de besoins artificiels​, exacerbe la concurrence, favorise l’obsolescence et entraîne le gaspillage démesuré des ressources humaines et naturelles.
44. ​Il n’est pas question, ici, de la multiplication des écrans (ordinateurs, tablettes, tableaux numériques) dans les écoles mais d’une réelle initiation à la logique informatique, dans un premier temps, puis aux enjeux de la pénétration des technologies dans toutes les strates de la société. Cette pédagogie ne nécessite pas d’introduire une pratique des dispositifs numériques à l’école comme le démontre le programme Computer Science Unplugged ou encore la ​pédagogie Steiner­-Waldorf.
45. Coline Serreau (documentaire), ​Solutions locales pour désordre global,​ 2010, ​https://vimeo.com/70956171
46. Marie-­Monique Robin (documentaire), ​Sacré croissance !​, 2014, ​https://www.youtube.com/watch?v=9YkyT3zzYS8
47. Stéphane Paoli (documentaire), ​Paul Virillo ​: ​penser la vitesse​, 2008, https://myspace.com/schilo/video/paul­virilio­penser­la­vitesse/53703190
48. John Dewey, ​The public and its problems,​1927
49. Frédéric Lordon (conférence), « La révolution n’est pas un pique­nique. Analytique du dégrisement », 2014, https://www.youtube.com/watch?v=4PEJlSvVZaY
50. Gustave Le Bon, ​Psychologie des foules, ​1895
51. ​Hippocrate (460 av. J­-C-­370 av. J­-C), médecin grec et philosophe, considéré comme « le père de la médecine », est le créateur de la méthode de recherche de la « cause des causes ». Il démontre qu’on ne résout pas un mal en s’attaquant à la conséquence de celui-­ci, il ne s’agit pas non plus de s’en prendre aux causes puisqu’elles sont multi-factorielles. Selon lui, il nous faut identifier la cause qui détermine une grande partie des autres.