Système technicien

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Controverse

Quelque chose a déraillé. L’âge de l’information n’a pas apporté de solution miracle à notre société en mal d’inspiration. Désemparée face à une crise globale, l’humanité en proie aux névroses et psychoses espérait un sursis avec l'expansion fulgurante des systèmes d’information : presse, radio, télévision puis Internet. Muni de moyens illimités de s’informer, le smart citizen semblait prêt à relever les défis de l'ère de la modernité. Ces flux d'informations n’étaient-ils pas une source rêvée pour éduquer de parfaits citoyens ? Pour garantir une justice sociale ? Pour assurer une économie à la mesure de l'homme ?

Qu’est-ce que l’information ? Des faits ? Des chiffres ? Des données ? En principe, des éléments qui informent sur l’état du monde. Dans cette optique, elle a été désirée objective et exacte. Sous couvert de rigueur scientifique et de neutralité déontologique, elle est collectée systématiquement, nettoyée de toute opinion, formatée pour les canaux, distribuée en continu puis consommée massivement.

Seulement, les instigateurs de ces méthodes de traitement avaient-ils envisagé les effets de connivence, les conflits d’intérêts et les tentations du marché pesant sur les « professionnels » responsables de l’information ? Dans une société où tout s’achète, les médias sont aux mains d’une minorité. Quelle est la probabilité qu’en bout de chaîne, le destinataire ait accès à une information d’intérêt public ? In fine, l’information qui informe disparaît au profit de celle qui conditionne. L’attention devient une ressource et sa captation une ingénierie. Derrière l’objectivité apparente se dissimulent les impératifs de l’argent et du pouvoir incarnés par la prophétie de la « vente de temps de cerveau disponible ».

À ce système soi-disant impartial, peut-on opposer une information subjective et plurielle ? Un modèle où les sources d’information délivrent un message engagé, responsabilisant l’émetteur comme le récepteur. S’informer devient alors une action collective qui implique une appropriation et une pratique des termes du débat public. Toute idée passe désormais l’épreuve de la critique pour être expérimentée, confrontée, affinée. Si la fabrication du consentement a mené au désenchantement politique, l’art de la controverse pourrait symboliser le choc des idées comme prérequis à l’exercice démocratique.

L’art de la controverse est la pierre angulaire de notre projet. Pour contribuer à la construction des conditions du débat, nos réflexions et actions s’articulent entre description et prescription. La publication papier, entre vos mains, porte un discours critique et indépendant mettant en question les modèles existants, propos augmenté d’une version web : www.controverse.co. Plus qu’un écho du journal, cette plateforme numérique présente des initiatives alternatives proposant de nouveaux modes d’existence.

À contre-courant de l’information récréative ou publicitaire, le parti pris est de décortiquer les « maîtres mots » de notre époque à travers le regard de penseurs subversifs d’hier et d’aujourd’hui. Il s’agit d’élaborer un discours contre les lieux communs et le prêt-à-penser afin d’éclairer les mécanismes de fabrication de notre société. Des pionniers de la manipulation de l’opinion aux grandes figures de la critique des médias, le #00 dédié à l’objet « information » expose les pensées de ceux qui mettent des mots sur nos intuitions.

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