Illusion citoyenne

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Controverse

Pour le meilleur et surtout pour le pire, l’homme est avide de territoires vierges. Sans les caravelles Pinta, Niña et Santa-María, point d’American way of life. La découverte d’un Nouveau Monde stimule les possibles et indique le cap vers un modèle civilisationnel. Un demi-millénaire de mondialisation plus tard, 1% de la population mondiale est plus riche que les 99% restants. L’économie était hier la « gestion de la maison », elle consiste aujourd’hui à couler le navire. Le capitalisme consumériste prend l’eau de toutes parts. Laisser la barre aux seuls capitaines d’industries, directeurs financiers et décideurs politiques confine à l’inconscience. Comment a-t-on pu partir autant à la dérive ?

« Dis papa, toi t’as connu les arbres ? […] Et l’eau, t’as connu l’eau ? » Faute d’avoir anticipé, il faudra s’expliquer. À vrai dire, sans recul, impossible de présager le virage consumériste que les consultants en relations publiques, les lobbies industriels et les conseillers politiques du début du XXe siècle souhaitaient nous voir aborder. Poètes, philosophes ou économistes, lanceurs d’alerte de leur époque, ont bien essayé de mettre en garde contre l’uniformisation et la standardisation de nos modes de vie à travers les injonctions publicitaires mais en vain. À grands coups d’images et de représentations, les vendeurs de rêve conditionnent la foule à accepter sa destinée sociale. Dans ce paysage de signes désert de sens, aucune demi-mesure ne sera tolérée. Pour Auguste Detœuf, fondateur d’Alstom : « La publicité s’impose ou n’est pas. On ne réussit pas auprès de la foule par la discrétion et le marivaudage. La publicité, c’est le viol. » En 1937, cet auguste est venu divertir le public, sans nez rouge mais avec la parade néolibérale.

Désorientés, déraisonnés, déshumanisés, les êtres répondent à l’obligation d’avoir par l’achat compulsif. Repue du spectacle gracieusement offert par les industries culturelles, la masse accepte à son insu des immoralités de toutes sortes : course à la croissance, asservissement des uns par les autres, ravage de son propre milieu de vie, etc. Après avoir dicté nos comportements, la consommation met désormais notre existence biologique en péril. Toutefois, des motifs d’espoir subsistent à l’horizon. Le pillage des ressources naturelles et l’empoisonnement progressif par les pirates de la pétrochimie et de l’agro-industrie incitent au réveil des consciences. Touché quotidiennement dans sa gamelle, l’instinct de survie du troupeau est un sérieux alibi pour encorner ce contrat social.

Les « lendemains qui chantent » sont en rupture de stock, tout a été soldé sur l’autel du marché.
Et si le modèle consumériste était pris à son propre jeu ? Au vu de son cycle de vie, cette folle épopée atteint sa phase d’obsolescence. Cessons de nous croire seuls à entrevoir et souhaiter la fin du règne de la marchandise. Retrouvons le sens du commun dont nous avons été détroussés. Arpentons les pistes déjà débroussaillées vers une société à la mesure de l’homme. Marchons sur les traces de celles et ceux qui rebattent les cartes pour enfin rendre l’humain maître de son devenir. Le changement passera par l’apologie du vivant, la nécessité d’être et la conquête collective de l’autonomie. Il est temps de débrancher le GPS qui nous guide irrémédiablement vers une voie sans issue aux allures de charnier planétaire. Faites taire cette petite voix qui serine à longueur de journée : « En ce moment chez Casto, il y a des promos de dingo. »

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